Quand George Santos passe aux « aveux »


Il n’a obtenu aucun des diplômes universitaires qu’il revendique. Il n’a travaillé ni pour Citigroup ni pour Goldman Sachs. Il n’est propriétaire d’aucun immeuble, lui qui prétendait en posséder 13 avec sa famille. Et il n’est pas juif. Mais il ne croit pas que ses mensonges devraient l’empêcher de prêter serment à titre de représentant à Washington de la 6e circonscription de New York, qui comprend des parties de Long Island et de Queens. « Mes péchés ici sont d’embellir mon CV », a déclaré au New York Post George Santos, élu sous la bannière républicaine le 8 novembre dernier.

Comme l’indique cette déclaration, les aveux de Santos représentent une autre forme de mensonge. Pour expliquer comment il a pu prétendre avoir été employé par deux des plus grandes banques de Wall Street, le fabulateur a déploré « un mauvais choix de mots ». Selon ce qu’il a avoué au Post, la vérité est qu’il a référé des clients d’une petite société d’investissement où il a travaillé à ces banques.

Santos a cependant nié avoir menti en déclarant qu’il était « juif » par ses grands-parents maternels, qui auraient immigré au Brésil pour fuir l’Holocauste. Ce fils d’immigrés brésiliens dit aujourd’hui que sa grand-mère juive s’est convertie au catholicisme, ce qui expliquerait pourquoi sa propre mère n’a jamais fait mention de ses origines juives dans ses nombreuses interventions de nature religieuse sur sa page Facebook.

« Je n’ai jamais prétendu être juif. Je suis catholique. Parce que j’ai appris que ma famille maternelle avait des origines juives, j’ai dit que j’étais jew-ish », a déclaré Santos.

Dans la langue argotique, on ajoute parfois le terme « ish » à un mot pour dire « peut-être », « à peu près » ou « en quelque sorte », comme dans girlish ou fiftyish. Santos serait donc jew-ish. Twitter n’en revient pas.

Il faut ajouter ici que le journal The Forward et CNN ont révélé que les grands-parents maternels de Santos étaient probablement nés au Brésil, de sorte que l’histoire de l’Holocauste ne tient pas vraiment la route. Elle est tout au plus trueish.

Santos a également démenti une des révélations récentes du New York Times selon laquelle des documents de cour brésiliens indiquent qu’il a été accusé de fraude dans sa jeunesse après avoir été surpris en train de faire des chèques avec un chéquier volé. Selon le Times, les documents montrent que Santos a avoué le crime et a été inculpé, mais que l’affaire n’a pas été résolue car les autorités n’ont pas pu le localiser par la suite.

« Je ne suis pas un criminel – ni ici, ni au Brésil, ni dans aucune juridiction du monde », a déclaré Santos au Post. « Absolument pas. Ce n’est pas arrivé. »

En fait, Santos a peut-être commis un crime aux États-Unis, celui de faire sciemment une fausse déclaration financière en tant que candidat dans une élection fédérale. Lors de son entrevue au Post, il a avoué devoir encore des milliers de dollars en loyer non payé. Or, dans sa déclaration financière comme candidat, il a revendiqué des revenus de plusieurs millions de dollars liés à une entreprise immobilière. Autre mystère : ce don de 700 000 $ qu’il a fait à sa propre campagne électorale. D’où venait vraiment cette manne ?

Dans une entrevue au média City & State, Santos a attribué son succès soudain aux contacts qu’il a établis lorsqu’il travaillait pour la petite société d’investissement LinkBridge.

« J’avais les relations et j’ai commencé à gagner beaucoup d’argent. Et j’ai fondamentalement commencé à construire une fortune, et j’ai décidé d’investir dans ma course au Congrès », a déclaré Santos. Et d’ajouter : « Il n’y a rien de mal à cela – aucune conduite criminelle. Rien de tout cela. »

Santos a aussi reconnu avoir marié et divorcé une femme avant de se mettre en couple avec un homme. Dans sa bio, ce candidat ouvertement gai ne fait aucune mention de ce mariage.

Même si les démocrates le disent « inapte » de siéger à la Chambre des représentants en raison de ses mensonges, rien ne devrait empêcher Santos de prêter serment le 3 janvier. Cependant, il pourrait par la suite faire l’objet d’une enquête de la commission responsable des questions éthiques ainsi que d’une enquête criminelle concernant ses déclarations financières et son don électoral suspects.

En attendant, Santos tient à rassurer ses électeurs. « Je ne suis pas un criminel. Cette [controverse] ne m’empêchera pas d’avoir un bon succès législatif. Je serai efficace. Je serai bon », a-t-il dit au Post, qui le traite de « menteur » dans le titre de l’article qu’il lui consacre.

(Photo AP)


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